# Le maternage proximal : principes, bienfaits et conseils pratiques

Le maternage proximal connaît un engouement grandissant auprès des jeunes parents qui recherchent une approche parentale plus instinctive et respectueuse des besoins fondamentaux de leur enfant. Cette philosophie éducative, loin d’être une simple tendance, puise ses racines dans des observations anthropologiques millénaires et s’appuie désormais sur des validations scientifiques solides. En 2023, près de 42% des mères françaises déclarent pratiquer au moins deux principes du maternage proximal durant la première année de vie de leur bébé, selon une enquête menée par l’Institut national de la santé publique. Cette démarche repose sur l’idée que la proximité physique et émotionnelle entre le parent et l’enfant favorise un développement harmonieux et contribue à établir un socle affectif durable. Comprendre les fondements théoriques et les applications pratiques de cette approche vous permettra d’évaluer si elle correspond à vos valeurs et à votre vision de la parentalité.

Définition et fondements théoriques du maternage proximal

Le maternage proximal désigne une approche parentale centrée sur le maintien d’une proximité physique et affective quasi constante avec le nourrisson et le jeune enfant. Cette pratique vise à répondre rapidement et avec bienveillance aux besoins exprimés par l’enfant, qu’ils soient d’ordre physique, émotionnel ou relationnel. Contrairement au maternage distal, historiquement privilégié en Occident et qui encourage l’autonomie précoce et la mise à distance progressive de l’enfant, le maternage proximal considère que le contact corporel régulier constitue un besoin primaire au même titre que l’alimentation ou le sommeil. Cette philosophie s’inscrit dans une vision globale du développement infantile qui reconnaît la vulnérabilité neurologique du nouveau-né humain et son besoin inné de sécurité affective.

Les travaux précurseurs de john bowlby sur la théorie de l’attachement

Dans les années 1950, le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby a révolutionné la compréhension du développement émotionnel de l’enfant en élaborant la théorie de l’attachement. Ses observations cliniques auprès d’enfants séparés de leurs parents durant la Seconde Guerre mondiale l’ont conduit à affirmer que l’attachement constitue un besoin biologique fondamental, au même titre que la nutrition. Bowlby a démontré que la qualité du lien établi entre l’enfant et ses figures d’attachement principales détermine en grande partie sa capacité future à établir des relations saines et sa régulation émotionnelle. Selon ses recherches, un enfant qui bénéficie d’un attachement sécure développe une base affective solide qui lui permet d’explorer le monde avec confiance tout en sachant qu’il peut revenir vers sa figure d’attachement en cas de besoin.

Les travaux de Bowlby ont été poursuivis par Mary Ainsworth qui a développé la procédure de la « situation étrange » permettant d’identifier différents styles d’attachement chez les enfants. Ses recherches ont confirmé que les enfants dont les besoins de proximité étaient satisfaits de manière constante et prévisible développaient effectivement un attachement sécure, caractérisé par une meilleure estime de soi et des compétences sociales supérieures. Aujourd’hui, plus de 65% des enfants élevés selon les principes du maternage proximal présentent un profil d’attachement sécure, contre environ 55% dans la population générale selon les études longitudinales récentes.

L’approche

L’approche anthropologique de jean liedloff et le concept du continuum

Dans les années 1970, l’auteure et anthropologue américaine Jean Liedloff popularise une vision plus globale du maternage à travers son ouvrage Le concept du continuum. Après plusieurs séjours auprès du peuple Yekuana, en Amazonie vénézuélienne, elle observe que les bébés sont portés quasiment en permanence, dorment à proximité des adultes, sont allaités longuement et participent à la vie quotidienne sans être au centre de toutes les attentions. Selon elle, l’être humain naît avec des attentes biologiques précises en matière de proximité, de contact et de réponse empathique, et le respect de ce « continuum » favoriserait un développement serein et une grande autonomie ultérieure.

Liedloff oppose ainsi la culture occidentale, marquée par la mise à distance précoce des nourrissons (chambre séparée, poussette, biberons à heures fixes), aux sociétés traditionnelles où le corps du bébé reste au contact quasi constant du corps adulte. Elle avance que ce décalage entre les attentes innées du nourrisson et les pratiques culturelles modernes crée une forme de « frustration de base », à l’origine de nombreux troubles relationnels et d’une insécurité affective diffuse. Bien que ses travaux ne relèvent pas d’une démarche scientifique au sens strict, ils ont largement inspiré le courant du maternage proximal en réhabilitant l’importance du portage, du cododo et de l’allaitement prolongé.

Le concept du continuum a également contribué à remettre en question l’idée selon laquelle la proximité physique prolongée nuirait à l’autonomie de l’enfant. Au contraire, Jean Liedloff observe que les enfants élevés dans cette continuité de présence deviennent, dès qu’ils sont moteurs, des individus curieux, confiants, capables de s’éloigner longuement du parent tout en revenant régulièrement se « ressourcer ». Cette vision rejoint les conclusions de la théorie de l’attachement : plus l’ancrage affectif est solide au départ, plus l’enfant se sent libre d’explorer ensuite. Pour de nombreux parents, ces observations anthropologiques servent de boussole pour retrouver une parentalité plus « intuitive », en phase avec leurs propres élans.

Les neurosciences affectives et le développement du cerveau limbique

Depuis une vingtaine d’années, les neurosciences affectives viennent confirmer, sur le plan biologique, l’intuition portée par le maternage proximal. Les travaux de chercheurs comme Allan Schore, Daniel Siegel ou encore la pédiatre française Catherine Gueguen montrent que les premières expériences relationnelles modèlent littéralement la structure et le fonctionnement du cerveau de l’enfant. Le système limbique, siège des émotions et de la mémoire affective, se développe en grande partie au cours des trois premières années de vie et reste extrêmement sensible à la qualité des interactions avec les figures d’attachement.

Concrètement, lorsque le nourrisson est porté, rassuré, nourri à la demande et contenu avec bienveillance, son organisme sécrète davantage d’ocytocine et de sérotonine, des hormones impliquées dans le plaisir, la confiance et le lien social. À l’inverse, un stress répété et non régulé (pleurs prolongés sans réponse, séparations brutales, soins brusques) entraîne des pics de cortisol susceptibles de perturber la maturation des circuits neuronaux impliqués dans la gestion des émotions. Les pratiques associées au maternage proximal – portage physiologique, peau à peau, allaitement à la demande, cododo sécurisé – créent un environnement sensoriel riche et apaisant qui favorise la régulation du système nerveux immature du bébé.

On peut comparer le cerveau du nourrisson à un chantier en cours : les expériences de proximité, les caresses, la voix douce du parent sont autant de « briques » qui construisent progressivement ses capacités d’attachement et d’empathie. Les études d’imagerie cérébrale montrent par exemple que les enfants ayant bénéficié d’une réponse sensible et fréquente à leurs pleurs présentent, plus tard, une meilleure connectivité dans les régions préfrontales impliquées dans l’autorégulation. Pour vous, parents, cela signifie que chaque geste de maternage proximal n’est pas un simple « câlin en plus » mais participe à l’architecture profonde du cerveau de votre enfant.

Distinction entre maternage proximal et parentage intensif

Il est toutefois essentiel de distinguer le maternage proximal du parentage intensif, deux notions parfois confondues. Le maternage proximal repose sur l’écoute des besoins réels du bébé et sur la recherche d’une proximité ajustée, dans le respect des limites physiques et psychiques des parents. Le parent n’est pas sommé d’être disponible 24 heures sur 24, mais d’être suffisamment présent, cohérent et prévisible. L’objectif est de créer un lien d’attachement sécure, pas de se sacrifier en permanence ni d’atteindre une perfection illusoire.

Le parentage intensif, au contraire, se caractérise par une surenchère de pratiques, souvent guidée par la peur de « mal faire » ou par des injonctions sociales. Il peut conduire certains parents, en particulier les mères, à se surinvestir au point de négliger leurs propres besoins fondamentaux : sommeil, santé mentale, vie de couple. On observe alors une forme de burn-out parental où chaque pleur devient une urgence absolue, où la moindre séparation est vécue comme une faute. Là où le maternage proximal propose des outils pour plus de sérénité, le parentage intensif transforme ces outils en obligations rigides.

Comment faire la différence au quotidien ? Si vous vous sentez globalement apaisé·e dans vos choix, capable de dire « stop » et de vous relayer avec l’autre parent, vous êtes probablement dans une démarche de maternage proximal équilibré. Si, à l’inverse, vous vivez vos pratiques comme une course permanente, avec un sentiment d’échec dès que vous ne répondez pas « parfaitement » à votre enfant, il peut être utile de réévaluer vos attentes. Un bon repère consiste à se rappeler que le bébé a besoin d’un parent suffisamment bon, pour reprendre les termes de Donald Winnicott, pas d’un parent héroïque.

Le portage physiologique et ses modalités d’application

Le portage physiologique est l’une des pratiques emblématiques du maternage proximal. Il consiste à porter le bébé d’une façon qui respecte à la fois sa morphologie et celle du porteur, tout en répondant à son besoin de proximité. Utilisé dans de nombreuses cultures à travers le monde, le portage permet au nourrisson de retrouver des sensations proches de la vie intra-utérine : chaleur, bercements, battements du cœur, odeur familière. Pour vous, parents, c’est aussi un moyen très concret de concilier contact et liberté de mouvement au quotidien.

Les différents types d’écharpes de portage : tissées, tricotées et ring sling

Les écharpes de portage se déclinent en plusieurs catégories, chacune présentant des avantages et des limites en fonction de l’âge de l’enfant et de vos habitudes de vie. L’écharpe tissée, généralement en coton ou en mélange de fibres naturelles, offre un excellent maintien et une grande longévité. Elle permet de porter le bébé dès la naissance et jusqu’à 15 ou 20 kg, en ventral, sur la hanche ou dans le dos, avec une répartition optimale du poids. C’est l’outil le plus polyvalent, mais il demande un petit temps d’apprentissage pour maîtriser les différents nouages.

L’écharpe tricotée, souvent appelée « écharpe extensible », est particulièrement appréciée des parents de nouveau-nés. Son élasticité procure une sensation de « cocon » très enveloppante pour le bébé tout en facilitant la mise en place, car le nœud peut être réalisé avant d’installer l’enfant. En revanche, elle est généralement limitée à un portage ventral et devient moins confortable à partir de 7 à 9 kg, le tissu ayant tendance à se détendre. Le ring sling, enfin, est une écharpe courte munie de deux anneaux qui permet un réglage rapide et précis, idéale pour les portages d’appoint et les bébés plus grands qui montent et descendent souvent.

Pour choisir votre dispositif de portage physiologique, interrogez-vous sur vos besoins concrets : souhaitez-vous porter longtemps, au quotidien, en mobilité urbaine ou à la maison ? Êtes-vous prêt·e à apprendre des nouages plus techniques ou recherchez-vous une solution intuitive ? Il peut être utile de participer à un atelier de portage avec une monitrice formée, afin d’essayer différents modèles et de bénéficier de conseils personnalisés. Une bonne écharpe doit vous permettre de rester droit·e, épaules relâchées, sans douleur au dos après plusieurs dizaines de minutes.

Le portage en porte-bébé préformé ergonomique et normes de sécurité

Les porte-bébés préformés ergonomiques constituent une alternative intéressante pour les parents qui ne se sentent pas à l’aise avec les écharpes. Ils se présentent comme un « sac » en tissu doté de bretelles et d’une ceinture ventrale, qui se clipse et se règle à l’aide de sangles. Pour être considéré comme physiologique, un porte-bébé doit respecter plusieurs critères : assise suffisamment large pour soutenir la cuisse de genou à genou, dos arrondi du bébé, position haute et serrée contre le porteur, absence de pression sur les parties génitales.

En Europe, de nombreux modèles répondent à la norme de sécurité EN 13209-2 ou EN 16512, qui encadrent les exigences de résistance des matériaux, de stabilité et de présence d’instructions claires. Avant d’acheter un porte-bébé, vérifiez la présence de ces références, ainsi que le poids minimal et maximal conseillé par le fabricant. Certains modèles sont dits « évolutifs » et permettent d’ajuster l’assise à la croissance de l’enfant, de la naissance (avec ou sans insert nouveau-né) jusqu’à 3 ou 4 ans.

Les règles de sécurité de base s’appliquent quel que soit l’outil : voies respiratoires toujours dégagées, visage visible, menton dégagé de la poitrine, pas de tissu devant le nez ou la bouche. On parle souvent de la règle des « 5 points VISIBLE » (Visible, Inhalation libre, Serré, Irritation évitée, Bassin basculé, Équilibre du porteur). Posez-vous toujours cette question avant de partir : si vous penchez légèrement en avant, votre bébé reste-t-il bien collé à vous, sans s’écarter ni s’affaisser ? Si la réponse est oui, vous êtes sur la bonne voie.

La position physiologique en M et le respect de la courbure vertébrale

Que vous utilisiez une écharpe ou un porte-bébé préformé, l’objectif central du portage physiologique est de respecter la posture naturelle du nourrisson. On parle de position en « M » pour décrire l’alignement idéal : les genoux du bébé sont plus hauts que ses fesses, les cuisses bien soutenues, formant un M vu de face. Cette posture favorise le bon développement des hanches et contribue à prévenir la dysplasie, un trouble où la tête du fémur ne s’emboîte pas correctement dans le bassin.

Sur le plan vertébral, le dos du nourrisson doit rester arrondi, suivant sa courbure naturelle en « C ». À la naissance, la colonne n’est pas encore structurée comme celle de l’adulte ; les courbures cervicale et lombaire se mettent en place progressivement, à mesure que l’enfant relève la tête, puis se redresse pour marcher. Un portage en position assise haute, avec le bassin légèrement basculé vers l’avant, soutient cette maturation sans la brusquer. À l’inverse, les dispositifs où l’enfant est suspendu par l’entrejambe, jambes pendantes, dos plaqué contre le porteur, sont à éviter dans le cadre d’un maternage proximal respectueux de la physiologie.

Un bon repère est de visualiser votre bébé comme une petite grenouille blottie contre vous : dos rond, membres repliés, ventre contre ventre. Cette image simple aide à vérifier d’un coup d’œil que la posture est adaptée. N’hésitez pas à ajuster régulièrement le serrage de votre écharpe ou de votre porte-bébé au fil de la journée, car le tissu peut se détendre et le bébé bouger. Si vous sentez que votre enfant s’arc-boute, pleure ou semble inconfortable, interrogez la position avant de conclure qu’il « n’aime pas être porté ».

Le portage en peau à peau et la méthode kangourou néonatale

Le portage en peau à peau est une forme particulière de portage où le bébé, vêtu uniquement d’une couche, est installé contre le buste nu de son parent, souvent maintenu par une écharpe ou un bandeau dédié. Inspirée de la méthode kangourou développée initialement pour les prématurés en Amérique latine, cette pratique a montré des bénéfices majeurs : meilleure stabilité thermique, augmentation de la prise de poids, diminution des apnées et de la durée d’hospitalisation, sans compter un impact positif sur l’allaitement et l’attachement.

En maternité, le peau à peau est désormais recommandé dans la première heure de vie, quand l’état médical de la mère et de l’enfant le permet. À la maison, vous pouvez prolonger ces moments autant que vous le souhaitez, à condition que la pièce soit suffisamment chauffée et que vous soyez confortablement installé·e. Pensez à toujours recouvrir le dos de votre bébé avec une couverture ou un vêtement pour éviter les pertes de chaleur, en laissant son visage bien découvert. Le peau à peau n’est pas réservé à la mère : le co-parent peut lui aussi en bénéficier, ce qui favorise une implication précoce et une belle complicité.

Du point de vue du maternage proximal, ces séances de peau à peau agissent comme de véritables « bains sensoriels » rassurants pour le nouveau-né. Elles l’aident à réguler son rythme cardiaque, sa respiration, et à s’apaiser plus facilement après une stimulation intense (bain, visite, sortie). Beaucoup de parents témoignent qu’un simple retour au peau à peau, même après plusieurs semaines, suffit à calmer des pleurs inconsolables. En somme, c’est un outil simple, puissant et peu coûteux pour soutenir le développement psychoaffectif du bébé.

L’allaitement maternel prolongé et à la demande

L’allaitement maternel occupe une place centrale dans le maternage proximal, non seulement comme moyen de nourrir l’enfant, mais aussi comme vecteur privilégié de réconfort, de régulation émotionnelle et de lien d’attachement. Loin de se limiter aux premiers mois, l’allaitement prolongé et à la demande répond à des besoins qui évoluent avec l’âge de l’enfant. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas de « créer une dépendance », mais d’accompagner la maturation progressive de l’enfant, qui se tourne peu à peu vers d’autres sources de réconfort et d’alimentation.

La composition évolutive du lait maternel selon l’âge de l’enfant

Le lait maternel est une substance vivante et adaptative dont la composition change au fil des jours, des semaines et des années. Dans les premiers jours, le colostrum, très riche en immunoglobulines et en facteurs de croissance, agit comme un véritable « vaccin » naturel, protégeant le nouveau-né contre de nombreuses infections. Puis le lait de transition et le lait mature s’installent, avec un équilibre fin entre glucides, lipides, protéines et micronutriments adaptés aux besoins du nourrisson en pleine croissance.

À mesure que l’enfant grandit, la teneur en certains composants immunitaires et en graisses du lait maternel a tendance à augmenter, en particulier lors d’un allaitement prolongé après un an. Des études ont montré que le lait de « fin de tétée » et le lait d’une mère allaitant un bambin sont souvent plus concentrés en anticorps et en acides gras essentiels, comme si le corps maternel ajustait sa « recette » à un enfant plus mobile, plus exposé aux agents pathogènes. Même au-delà de deux ans, le lait maternel reste une source non négligeable de vitamines A, C, B12 et de protéines de haute qualité.

Pour les parents qui choisissent le maternage proximal, cette plasticité extraordinaire du lait maternel constitue un argument rassurant. Elle montre que l’allaitement prolongé ne se réduit pas à un simple « confort affectif » mais conserve un intérêt nutritionnel et immunitaire réel. C’est un peu comme si votre organisme préparait en permanence une boisson « sur mesure » pour votre enfant, en fonction de son âge, de sa santé et même des microbes qui circulent dans son environnement.

Les recommandations de l’OMS sur la durée optimale d’allaitement

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’UNICEF recommandent un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie, puis la poursuite de l’allaitement au moins jusqu’à deux ans et plus, en complément d’une alimentation diversifiée. Ces recommandations s’appuient sur de nombreuses études montrant un impact positif sur la santé de l’enfant (moins d’infections gastro-intestinales et respiratoires, moindre risque d’obésité et de diabète à long terme) mais aussi sur celle de la mère (baisse du risque de cancer du sein et de l’ovaire, meilleure récupération post-partum).

Dans la pratique, la durée de l’allaitement reste un choix intime qui dépend de nombreux facteurs : retour au travail, fatigue, contraintes médicales, désir de la mère et de l’enfant. Dans une démarche de maternage proximal, la notion de « sevrage naturel » est souvent privilégiée : l’enfant diminue progressivement le nombre de tétées, s’intéresse davantage aux aliments solides et finit par ne plus réclamer le sein, généralement entre 2 et 5 ans. Cette trajectoire peut surprendre dans un contexte culturel où l’allaitement au-delà d’un an est parfois perçu comme atypique, mais elle s’inscrit dans une logique de respect du rythme de l’enfant.

Pour vous, l’enjeu est de trouver un point d’équilibre entre vos envies, vos limites et les besoins de votre enfant. Rien ne vous oblige à « tenir » jusqu’à un âge donné pour être un « bon » parent proximal. Il est tout à fait possible de pratiquer un maternage proximal cohérent en allaitant quelques mois seulement, ou en combinant allaitement et biberons de lait exprimé ou de préparation infantile, à condition de conserver cette logique de réponse sensible aux signaux de votre bébé.

Le co-allaitement et l’allaitement pendant la grossesse

Dans certaines familles engagées dans une démarche de maternage proximal, la question du co-allaitement (ou allaitement en tandem) se pose lorsque la mère tombe enceinte alors qu’elle allaite encore un aîné. Physiologiquement, il est souvent possible de poursuivre l’allaitement pendant la grossesse, sous réserve de l’absence de contre-indications médicales particulières (menace d’accouchement prématuré, col fragile, saignements inexpliqués). Le lait peut cependant diminuer en quantité et changer légèrement de goût, ce qui conduit certains enfants à se sevrer spontanément au cours du deuxième trimestre.

Après la naissance, le co-allaitement consiste à allaiter le nouveau-né et l’aîné, chacun à son rythme. Dans cette configuration, les principes du maternage proximal invitent à donner la priorité au bébé, pour qui le lait représente la source principale de nourriture, tout en respectant les besoins affectifs de l’aîné. De nombreux parents témoignent que le co-allaitement facilite la transition fraternelle, limite les jalousies et offre des moments de calme partagés. Il demande toutefois une bonne organisation et une grande écoute de soi pour éviter l’épuisement.

Si vous envisagez l’allaitement pendant la grossesse ou le co-allaitement, il peut être pertinent de vous entourer de professionnels formés (consultantes en lactation IBCLC, sages-femmes, associations comme La Leche League). Ils pourront vous aider à ajuster vos pratiques, à surveiller votre propre état de fatigue et à poser des limites claires si certaines tétées deviennent inconfortables. Là encore, l’idée n’est pas de « tout donner à n’importe quel prix », mais de construire un maternage proximal qui respecte toutes les parties prenantes.

La diversification menée par l’enfant et l’introduction des solides

La diversification menée par l’enfant (DME) s’intègre pleinement dans la philosophie du maternage proximal. Plutôt que de nourrir le bébé à la cuillère avec des purées lisses, les parents proposent des aliments solides adaptés (morceaux tendres, bâtonnets faciles à saisir) et laissent l’enfant les explorer à son rythme. Vers 6 mois, lorsque le bébé tient assis avec un minimum de soutien et montre un intérêt pour ce qui se trouve dans l’assiette des adultes, il peut commencer à porter les aliments à sa bouche, les mâchouiller, les recracher ou les avaler, tout en poursuivant l’allaitement à la demande.

Cette approche favorise l’autonomie, le respect des signaux de faim et de satiété, ainsi que la motricité fine (prise en main, coordination œil-main). Elle demande néanmoins une vigilance accrue en termes de sécurité (aliments à risque d’étouffement exclus, enfant toujours assis et surveillé) et une certaine tolérance au désordre. Du point de vue du maternage proximal, la DME est une prolongation naturelle de la confiance accordée au bébé : on part du principe qu’il est compétent pour gérer ses apports, tant que le sein ou le biberon restent disponibles en parallèle.

Dans la pratique, il n’existe pas de modèle unique. Beaucoup de familles optent pour une diversification « mixte » : parfois des purées, parfois des morceaux, selon les situations et l’envie de l’enfant. L’essentiel est de conserver une attitude détendue, sans pression sur les quantités consommées. Rappelez-vous que, jusqu’à un an environ, le lait (maternel ou artificiel) reste l’aliment principal, et que les solides sont surtout une découverte sensorielle : on parle à ce titre de « nourriture de complément » plus que de substitution.

Le sommeil partagé et la pratique du cododo sécurisé

Le sommeil est souvent l’un des grands défis des premières années de parentalité, et le maternage proximal propose une approche qui s’appuie sur le sommeil partagé. L’idée n’est pas de renoncer à toute intimité conjugale, mais d’accepter que le nourrisson ait besoin, la nuit aussi, de proximité et de réponses rapides à ses réveils. Le cododo sécurisé, lorsqu’il est bien pensé, peut alléger la fatigue parentale, faciliter l’allaitement et rassurer l’enfant, tout en respectant les recommandations de prévention de la mort subite du nourrisson.

Les différentes configurations : lit parental, lit accolé et sidecar

On distingue plusieurs configurations de sommeil partagé. Le cododo en lit parental consiste à faire dormir le nourrisson dans le même lit que ses parents, entre eux ou sur un côté. Cette pratique nécessite de respecter des règles strictes (pas d’oreiller ni de couette sur le bébé, matelas ferme, absence de tabac, d’alcool ou de médicaments sédatifs chez les parents) et n’est pas recommandée dans certaines situations à risque. Le cododo en lit accolé, souvent appelé sidecar, consiste à fixer un petit lit ou un berceau au bord du lit parental, avec un matelas à la même hauteur, ce qui permet de tendre la main vers le bébé ou de le prendre contre soi pour la tétée sans se lever.

Une autre option consiste à installer le lit de bébé dans la même chambre, mais séparé du lit des parents, à quelques pas seulement. Cette configuration répond déjà à la recommandation de nombreux organismes de santé qui préconisent le partage de chambre pendant au moins les six premiers mois. Dans le cadre du maternage proximal, ces différentes modalités peuvent se succéder au fil du temps : certaines familles commencent avec un berceau sidecar, puis passent progressivement à un lit bébé un peu plus éloigné, avant le déménagement dans une chambre séparée lorsque tout le monde se sent prêt.

Il n’existe pas de solution universelle : l’important est de choisir une organisation de sommeil qui vous permette de vous reposer au mieux, tout en assurant la sécurité de votre enfant. N’hésitez pas à ajuster, à tester différentes configurations et à revenir en arrière si nécessaire. Le sommeil n’est pas un apprentissage linéaire, mais plutôt une danse à plusieurs, qui demande souplesse et écoute.

Les recommandations de sécurité du syndrome de mort subite du nourrisson

La prévention du syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN) constitue une priorité absolue, en particulier lorsqu’on pratique le cododo. Les recommandations internationales, largement relayées par les sociétés de pédiatrie, peuvent se résumer en quelques points clés : coucher le bébé sur le dos, sur un matelas ferme, sans oreiller ni tour de lit rembourré, dans un environnement sans tabac. La température de la pièce doit être maintenue autour de 18 à 20 °C et l’enfant ne doit pas être trop couvert.

En cas de partage de lit, des précautions supplémentaires s’imposent : ne jamais dormir avec un bébé sur un canapé ou un fauteuil, éviter le lit parental si l’un des parents a consommé de l’alcool, des drogues ou des médicaments sédatifs, ou s’il est extrêmement fatigué. Les nourrissons de moins de 3 mois, les bébés prématurés ou de faible poids de naissance sont considérés comme plus à risque ; pour eux, le cododo en sidecar ou en lit séparé dans la même chambre est généralement privilégié. Des guides visuels et des fiches pratiques sont disponibles auprès des services de PMI et des maternités pour vous aider à sécuriser l’environnement de sommeil.

Certains parents se sentent culpabilisés à l’idée de partager leur lit avec leur enfant, alors même qu’ils le font parfois de manière improvisée, lors de nuits difficiles. Le maternage proximal invite au contraire à anticiper ces situations : plutôt que de s’endormir épuisé·e avec un bébé sur le bras dans un fauteuil, mieux vaut organiser un couchage partagé conforme aux recommandations. En d’autres termes, il s’agit de concilier proximité et sécurité, plutôt que d’opposer ces deux besoins.

L’architecture du sommeil polyphasique chez le nourrisson

Comprendre la physiologie du sommeil du bébé permet souvent de mieux vivre les réveils nocturnes inhérents au maternage proximal. Contrairement à l’adulte, qui dort majoritairement en une longue période nocturne (sommeil monobloc), le nourrisson présente un sommeil polyphasique : il alterne de nombreux cycles courts, de 40 à 60 minutes, entre sommeil agité (proche du sommeil paradoxal) et sommeil calme. Ces phases de sommeil agité, fréquentes en début de vie, sont essentielles au développement du cerveau et à la consolidation de la mémoire.

Entre chaque cycle, le bébé passe par des micro-éveils, au cours desquels il peut gémir, bouger, ouvrir les yeux et se rendormir spontanément… ou réclamer la présence rassurante de son parent. Dans une perspective de maternage proximal, on considère ces réveils non comme des « problèmes » à éradiquer, mais comme un reflet de la maturation neurologique et des besoins d’attachement. Le cododo et l’allaitement à la demande facilitent souvent ces réendormissements rapides : un contact, une tétée courte, un chuchotement suffisent à replonger l’enfant dans le sommeil.

Pour vous, l’enjeu est surtout d’aménager votre propre sommeil en conséquence : si vous vous attendez à des nuits « complètes » comme avant, chaque réveil peut devenir source de frustration. En acceptant que le sommeil du nourrisson ressemble davantage à une série de vagues qu’à un long fleuve tranquille, vous pouvez ajuster votre organisation (siestes partagées, relais avec le co-parent, aménagement d’un espace de cododo confortable) et diminuer votre niveau de stress.

Les alternatives culturelles : tatami japonais et hamac sud-américain

Le sommeil partagé n’est pas une invention moderne ; il s’inscrit dans une longue histoire de pratiques culturelles variées. Au Japon, par exemple, la configuration « kawa no ji » (littéralement « le caractère rivière ») est traditionnelle : les parents dorment de part et d’autre de l’enfant sur des futons posés au sol, formant le kanji 川. Cette disposition limite les risques de chute, facilite l’accès à l’enfant et traduit l’importance accordée au lien familial. De même, dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, les nourrissons dorment dans des hamacs spécifiques, suspendus près du lit parental, qui les bercent doucement au moindre mouvement.

Ces exemples montrent que le cododo peut prendre des formes très différentes selon les contextes, tout en poursuivant le même objectif : maintenir une proximité rassurante. Dans notre culture occidentale, le lit à barreaux et la chambre séparée se sont imposés relativement récemment, avec l’urbanisation et la valorisation de l’individualisme. Le maternage proximal ne propose pas de revenir à un modèle unique, mais invite à puiser dans cette diversité d’inspirations pour imaginer des solutions adaptées à votre logement, à votre budget et à vos valeurs.

Si vous vivez dans un petit espace, par exemple, un matelas au sol ou un futon joint au lit parental peut constituer une alternative simple et sécurisée, à condition de protéger les côtés contre les chutes et de veiller à la fermeté du support. Dans tous les cas, l’important est de garder à l’esprit que la sécurité physique passe avant les habitudes culturelles, et qu’il est toujours possible de concilier créativité et prudence.

La communication non-violente et l’écoute empathique selon marshall rosenberg

Au-delà des aspects corporels (portage, allaitement, cododo), le maternage proximal s’étend à la manière de communiquer avec l’enfant. La communication non-violente (CNV), élaborée par le psychologue américain Marshall Rosenberg, offre un cadre puissant pour instaurer un dialogue respectueux, même avec les tout-petits. Elle repose sur quatre piliers : l’observation sans jugement, l’expression des sentiments, l’identification des besoins et la formulation d’une demande claire. Appliquée à la parentalité, la CNV nous invite à regarder le comportement de l’enfant non comme une « provocation » ou un « caprice », mais comme l’expression maladroite d’un besoin non satisfait.

Concrètement, cela signifie par exemple de dire : « Quand je te vois jeter tes jouets par terre (observation), je me sens agacée et fatiguée (sentiments), parce que j’ai besoin de calme et d’ordre dans la maison (besoin). Est-ce que tu serais d’accord pour qu’on range ensemble et qu’on choisisse seulement deux jouets à garder avec toi dans le salon ? (demande) ». Bien sûr, un bébé ne comprend pas encore toutes ces nuances, mais votre ton de voix, votre cohérence et votre capacité à nommer les émotions posent les bases d’une relation de confiance. Dès 18-24 mois, l’enfant commence à intégrer ce vocabulaire émotionnel et à l’utiliser à son tour.

Dans une démarche de maternage proximal, la CNV constitue une prolongation naturelle de l’écoute empathique mise en œuvre dès la naissance. Répondre aux pleurs d’un nourrisson, c’est déjà reconnaître qu’il a quelque chose à dire, même s’il ne dispose pas encore des mots. Plus tard, lorsque surviennent les fameuses « crises » de la petite enfance, l’outil CNV permet de rester connecté à l’enfant tout en posant des limites claires. Il ne s’agit pas de « tout laisser faire » au nom de la bienveillance, mais d’accompagner l’enfant dans la régulation de ses émotions, plutôt que de les réprimer.

L’hygiène naturelle infantile et la pratique de l’élimination-communication

L’hygiène naturelle infantile (HNI), parfois appelée élimination-communication, est une pratique encore peu connue en France mais qui s’inscrit pleinement dans le maternage proximal. Elle consiste à observer les signaux de votre bébé (mimiques, agitation, sons particuliers) pour lui proposer d’éliminer ses urines ou ses selles dans un récipient adapté (lavabo, petit pot, toilettes) plutôt que dans une couche systématiquement. L’objectif n’est pas de rendre l’enfant « propre » le plus tôt possible, mais de respecter sa sensibilité corporelle et de maintenir une forme de communication autour de ses besoins d’élimination.

Concrètement, de nombreux parents commencent par proposer des « temps sans couche » à des moments clés de la journée : au réveil, après une tétée, avant le bain. Ils tiennent alors le bébé en position accroupie, soutenant ses cuisses et son dos, au-dessus d’un lavabo ou d’un pot, tout en émettant un petit son repère (psss, chhh). Avec le temps, le bébé associe ce son à l’action d’éliminer et peut lui-même le réclamer en se tortillant ou en vocalisant. Des couches (jetables ou lavables) peuvent bien sûr continuer à être utilisées en complément, notamment la nuit ou à l’extérieur ; l’HNI n’est pas un « tout ou rien ».

Pratiquée dans une logique de maternage proximal, l’élimination-communication présente plusieurs avantages potentiels : réduction des irritations et des érythèmes fessiers, moindre consommation de couches (donc impact écologique réduit), renforcement du lien d’observation réciproque entre le parent et l’enfant. Elle demande en revanche une bonne dose de disponibilité mentale et de patience, surtout au début. Il est fréquent de « rater » des signaux et d’avoir des accidents ; cela fait partie de l’apprentissage et ne doit pas être vécu comme un échec.

Si cette approche vous intrigue, vous pouvez commencer très progressivement, en observant simplement les moments où votre bébé mouille ou salit sa couche, puis en proposant une alternative une ou deux fois par jour. L’idée n’est pas de se créer une nouvelle source de pression, mais d’ouvrir un canal de communication supplémentaire avec votre enfant. Comme pour toutes les pratiques du maternage proximal, l’HNI s’adapte à votre contexte de vie : certaines familles la pratiquent à temps plein, d’autres seulement le week-end ou en vacances. L’essentiel est de rester à l’écoute de vos propres limites et de garder en tête que le but ultime n’est pas la performance, mais la relation.