Le muguet buccal représente l’une des infections fongiques les plus fréquentes chez le nouveau-né et le nourrisson, touchant jusqu’à 10% des enfants dans leurs premiers mois de vie. Cette candidose oropharyngée, causée principalement par Candida albicans, survient en raison de l’immaturité du système immunitaire néonatal et des conditions particulières de la cavité buccale du nourrisson. Bien que généralement bénigne, cette infection nécessite une prise en charge adaptée pour éviter les complications et assurer le confort alimentaire de l’enfant. La compréhension des mécanismes physiopathologiques, des modalités diagnostiques et des stratégies thérapeutiques constitue un enjeu majeur pour les professionnels de santé impliqués dans la pédiatrie néonatale.

Diagnostic différentiel du muguet buccal chez le nourrisson

Identification des plaques blanches de candida albicans

Le diagnostic du muguet buccal repose principalement sur la reconnaissance visuelle des lésions caractéristiques. Les plaques blanchâtres apparaissent sous forme de dépôts crémeux adhérant fermement aux muqueuses buccales, contrastant nettement avec la coloration rosée normale des tissus environnants. Ces formations pseudo-membraneuses présentent une texture particulière, souvent comparée à du fromage blanc ou du lait caillé, et se distribuent de manière asymétrique sur la langue, le palais, les faces internes des joues et parfois les gencives.

L’aspect macroscopique des lésions candidiennes évolue selon le stade d’infection. Initialement, les plaques apparaissent sous forme de points blancs isolés qui confluent progressivement pour former des nappes plus étendues. La surface des lésions peut présenter un aspect légèrement rugueux ou granuleux, et leur retrait forcé révèle souvent une muqueuse érythémateuse et parfois hémorragique sous-jacente. Cette caractéristique constitue un élément diagnostique important, différenciant les candidoses des simples dépôts lactés.

Distinction avec les résidus lactés et la leucoplasie congénitale

Le diagnostic différentiel entre muguet et résidus lactés représente un défi fréquent en pratique pédiatrique. Les dépôts de lait se caractérisent par leur facilité d’élimination lors du nettoyage doux de la cavité buccale, contrairement aux plaques candidiennes qui résistent à l’essuyage. Les résidus alimentaires présentent également une répartition plus homogène et ne s’accompagnent pas de réaction inflammatoire des tissus sous-jacents. L’observation de la persistance des lésions après les repas constitue un indicateur diagnostique précieux.

La leucoplasie congénitale, pathologie rare mais à considérer, se distingue par ses caractéristiques morphologiques spécifiques. Ces lésions présentent un aspect plus épais et induré, avec des bords bien délimités et une surface moins friable que les plaques candidiennes. L’âge d’apparition, généralement plus précoce que pour les candidoses, et l’absence de réponse aux traitements antifongiques orientent vers ce diagnostic différentiel. Les examens histopathologiques permettent de confirmer le diagnostic en cas de doute.

Examen clinique de la cavité buccale et de la langue

L’examen clinique systématique de la cavité buccale nécessite une approche méthodique et des conditions d’éclairage optimales. L’inspection débute par l’observation des lèvres et des commissures labiales

à la recherche de fissures, de perlèche ou de lésions cutanées associées. L’ouverture douce de la bouche à l’aide d’un abaisse-langue permet ensuite d’examiner successivement la face interne des joues, le palais dur et mou, la langue et le plancher buccal. Une attention particulière doit être portée aux reliefs linguales, où les plaques de muguet peuvent épouser les papilles et donner un aspect « tapissé » caractéristique, parfois associé à une langue rouge et douloureuse lorsque les membranes se détachent.

L’examen clinique du muguet buccal chez le nourrisson doit également apprécier l’extension des lésions vers l’oropharynx, notamment en cas de troubles de la succion ou de dysphagie. La présence concomitante d’un érythème fessier candidosique, de lésions des plis inguinaux ou d’une candidose unguéale renforce la probabilité d’une candidose généralisée. Enfin, il est indispensable d’observer le comportement de l’enfant pendant l’examen : pleurs au contact des lésions, refus d’ouvrir la bouche ou interruption rapide de la tétée orientent vers un retentissement fonctionnel nécessitant un traitement antifongique rapide.

Tests de grattage et microscopie directe KOH

Dans la majorité des cas de muguet typique du nourrisson, le diagnostic reste purement clinique. Cependant, certaines situations imposent un recours aux examens complémentaires : formes atypiques, absence de réponse au traitement antifongique bien conduit, suspicion d’immunodépression sous-jacente ou nécessité d’éliminer une autre dermatoses muqueuse. Le test de grattage consiste à prélever délicatement du matériel pseudomembraneux à l’aide d’une spatule ou d’un écouvillon stérile sur une zone représentative des lésions, en évitant de léser excessivement la muqueuse sous-jacente déjà inflammatoire.

Le prélèvement est ensuite examiné en microscopie directe après clarification dans une solution d’hydroxyde de potassium (KOH) à 10–20 %. Ce montage KOH dissout les débris cellulaires et met en évidence les éléments fongiques caractéristiques : levures ovalaires bourgeonnantes et filaments pseudo-mycéliens typiques de Candida albicans. Dans certains centres, la coloration de Gram peut compléter l’analyse, montrant des levures Gram-positives en amas. Lorsque la présentation est sévère, récidivante ou disséminée, une culture sur milieu spécifique (Sabouraud) peut être indiquée afin d’identifier l’espèce de Candida et de rechercher une éventuelle résistance aux antifongiques usuels.

Étiologie et facteurs de risque de la candidose orale néonatale

Transmission materno-fœtale lors de l’accouchement

La candidose orale néonatale est fréquemment la conséquence d’une colonisation initiale par Candida albicans lors du passage dans le canal génital. Chez une mère présentant une candidose vaginale, même paucisymptomatique, la charge fongique élevée favorise la transmission au nouveau-né au moment de l’accouchement par voie basse. Le champignon colonise alors rapidement la cavité buccale du nourrisson, profitant d’une muqueuse encore fragile et d’un microbiote oral en cours de constitution.

Cette transmission materno-fœtale ne conduit pas systématiquement à un muguet buccal, mais elle crée un terrain propice, surtout en présence d’autres facteurs favorisant la prolifération de Candida. Il est important, lors de l’interrogatoire, de rechercher des antécédents récents de mycose vulvo-vaginale, de pertes blanchâtres ou de démangeaisons génitales chez la mère, même si celles-ci n’ont pas été traitées. La prise en charge globale du muguet du nourrisson doit ainsi inclure l’évaluation et, si besoin, le traitement de la candidose maternelle, afin de limiter les risques de recontamination croisée.

Immunodépression physiologique du nouveau-né

Le système immunitaire du nouveau-né présente une immaturité physiologique, en particulier au niveau des réponses cellulaires et de la production d’immunoglobulines propres. Durant les premiers mois de vie, l’enfant dépend largement des anticorps maternels transmis transplacentairement (IgG) et, en cas d’allaitement, des IgA sécrétoires présentes dans le lait. Cette situation crée une « fenêtre de vulnérabilité » pendant laquelle le nourrisson est plus sensible aux infections opportunistes, dont la candidose orale.

Sur le plan local, la salive du nouveau-né est moins riche en facteurs antimicrobiens (lysozyme, lactoferrine, histatines), et le microbiote buccal est encore peu diversifié. Ce déséquilibre permet à Candida albicans, déjà présent à l’état de commensal chez environ un tiers des nourrissons, de se multiplier excessivement et de devenir pathogène. Dans la majorité des cas, cette susceptibilité diminue spontanément avec la maturation immunitaire. Toutefois, lorsque le muguet est récurrent, étendu ou associé à d’autres infections, il convient d’envisager une immunodéficience primaire ou secondaire et d’orienter l’enfant vers une évaluation spécialisée.

Impact de l’antibiothérapie maternelle et néonatale

L’utilisation d’antibiotiques, chez la mère pendant la grossesse ou l’allaitement, comme chez le nourrisson lui-même, constitue un facteur de risque bien documenté de muguet buccal. En supprimant une partie de la flore bactérienne commensale, ces traitements antibactériens rompent l’équilibre écologique des microbiotes buccal et intestinal et offrent un « boulevard » à la prolifération des levures. Cet effet est particulièrement marqué avec les antibiotiques à large spectre, prescrits par exemple en prophylaxie périnatale ou pour traiter des infections néonatales précoces.

Chez le nourrisson, le muguet apparaît souvent quelques jours à quelques semaines après la fin d’une antibiothérapie. Les parents rapportent parfois l’enchaînement typique : infection ORL ou pulmonaire, prescription d’un antibiotique, amélioration de l’état général, puis survenue de plaques blanches buccales et d’un érythème fessier. Dans ce contexte, la prévention du muguet passe par une indication raisonnée des antibiotiques, l’information des parents sur ce risque et, dans certains cas, la prescription concomitante ou secondaire de probiotiques documentés (comme Lactobacillus rhamnosus GG ou Saccharomyces boulardii) afin de favoriser la restauration du microbiote.

Prématurité et facteurs de risque hospitaliers

Les prématurés, en particulier ceux de très faible poids de naissance, sont exposés à un risque accru de candidose orale et systémique. Leur immaturité immunitaire est plus marquée, et ils sont souvent soumis à des gestes invasifs, à des traitements antibiotiques prolongés et à une hospitalisation en milieu de soins intensifs, autant de facteurs qui favorisent la colonisation et l’infection par Candida. Les dispositifs médicaux (sondes d’alimentation, tubes d’intubation, dispositifs de ventilation non invasive) créent des interfaces humides et chaudes idéales pour la prolifération fongique et la formation de biofilms.

Les pratiques d’hygiène en milieu hospitalier jouent un rôle déterminant dans la prévention des candidoses orales néonatales. Le lavage des mains rigoureux, la désinfection régulière du matériel entrant en contact avec la bouche (tétines hospitalières, embouts de sondes, sucettes), ainsi que la limitation de l’utilisation des sucettes de confort lorsque cela est possible, sont autant de mesures indispensables. Dans certaines unités de néonatologie, des protocoles de dépistage et, chez les grands prématurés à risque élevé, de prophylaxie antifongique systémique ou topique sont mis en place pour réduire l’incidence des infections invasives à Candida.

Protocoles thérapeutiques antifongiques topiques

Administration de nystatine suspension buvable

La nystatine en suspension buvable constitue l’un des traitements de première intention du muguet buccal chez le nourrisson dans de nombreuses recommandations. Cet antifongique polyénique agit localement en se liant à l’ergostérol de la membrane des levures, entraînant leur destruction. Son absorption systémique étant négligeable, son profil de sécurité est particulièrement favorable chez le tout-petit, y compris en cas de traitement prolongé. La suspension est généralement administrée à l’aide d’une pipette graduée ou d’une seringue orale, en dehors des repas pour maximiser le contact avec les muqueuses.

La posologie usuelle varie selon les pays et la concentration de la spécialité, mais se situe souvent autour de 100 000 UI à 200 000 UI, quatre fois par jour. Le produit doit être réparti de chaque côté de la bouche, en visant les zones atteintes (face interne des joues, langue, palais) et en évitant d’être dégluti trop rapidement. Les parents peuvent être invités à badigeonner délicatement les lésions avec une compresse imbibée de suspension, surtout si les plaques sont épaisses. La durée du traitement du muguet buccal par nystatine est généralement de 10 à 14 jours, mais il est recommandé de poursuivre au moins 48 à 72 heures après la disparition clinique des lésions pour limiter les récidives.

Application de miconazole gel oral chez le nourrisson

Le miconazole gel oral représente une alternative ou un second choix dans le traitement local du muguet, avec une efficacité documentée notamment en cas d’échec de la nystatine. Ce dérivé imidazolé inhibe la synthèse de l’ergostérol et présente une activité fongicide puissante contre Candida albicans. Toutefois, en raison du risque de fausse route et d’obstruction des voies aériennes, son utilisation est contre-indiquée chez le nourrisson de moins de 4 à 6 mois selon les recommandations nationales, période où le réflexe de déglutition n’est pas encore totalement mature.

Chez le nourrisson plus âgé, la posologie du miconazole gel buccal est généralement fractionnée en plusieurs applications quotidiennes, après les tétées. Une petite quantité de gel est déposée sur une compresse ou directement sur un doigt propre puis étalée sur les lésions. Il est essentiel d’éviter d’appliquer le produit au fond de la bouche ou dans l’oropharynx pour limiter le risque de fausse route. Le traitement dure en moyenne 7 à 14 jours, avec, là encore, une prolongation quelques jours après la guérison apparente. En cas d’allaitement, un traitement concomitant du mamelon par une forme topique de miconazole peut être proposé, sous réserve de respecter les contre-indications et d’essuyer le surplus avant la tétée.

Posologie et durée du traitement par amphotéricine B

L’amphotéricine B en suspension orale (par exemple sous forme de spécialités comme la Fungizone buvable) est également utilisée en traitement local du muguet buccal du nourrisson, en particulier dans certains protocoles hospitaliers ou lorsque la nystatine n’est pas disponible. Comme la nystatine, il s’agit d’un polyène qui agit principalement de façon locale, avec une absorption systémique très faible lorsque la forme buvable est utilisée pour un traitement de la cavité buccale et du tube digestif supérieur. La posologie est en général calculée en fonction du poids, par exemple 1 ml de suspension nourrisson-enfant par 2 kg de poids corporel et par jour, répartis en 2 ou 3 prises.

Le traitement par amphotéricine B topique est administré en dehors des repas, en veillant à garder la suspension quelques instants dans la bouche avant de l’avaler ou de la laisser se répartir sur les muqueuses. La durée recommandée varie de 2 à 3 semaines, même si les symptômes du muguet semblent s’améliorer rapidement, afin de diminuer le risque de persistance de colonies fongiques résiduelles. Des effets indésirables gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée) peuvent survenir, mais restent en général modérés et transitoires. Le choix entre nystatine et amphotéricine B dépend souvent de la disponibilité, des habitudes locales et de la tolérance individuelle.

Techniques d’application et observance thérapeutique

Au-delà du choix de la molécule, l’efficacité du traitement topique du muguet buccal repose sur une technique d’application correcte et une bonne observance. Or, appliquer plusieurs fois par jour un antifongique dans la bouche d’un nourrisson douloureux ou réfractaire n’est pas toujours simple pour les parents. Il est donc utile de leur montrer concrètement les gestes : bien se laver les mains, utiliser une compresse non tissée ou une seringue orale, positionner doucement la tête du bébé et répartir le médicament sur toutes les zones atteintes, sans se limiter à la langue.

Une astuce consiste à administrer le produit antifongique quelques minutes après la tétée plutôt qu’immédiatement, afin de bénéficier d’une meilleure répartition sur des muqueuses moins engorgées de lait. Il est également important de rappeler que le traitement doit être poursuivi jusqu’au terme prescrit, même si les plaques semblent avoir disparu en quelques jours. Combien de muguets récidivants sont en réalité liés à un arrêt trop précoce du traitement ? Enfin, l’association à des mesures d’hygiène (stérilisation des tétines et biberons, lavage des mains, nettoyage des jouets portés à la bouche) doit être expliquée comme faisant partie intégrante de la « thérapie », et non comme un simple complément optionnel.

Traitement systémique du muguet compliqué

Dans la grande majorité des cas, le muguet buccal du nourrisson reste une infection superficielle, bien contrôlée par les antifongiques topiques. Toutefois, certaines situations imposent de recourir à un traitement systémique par voie orale ou intraveineuse. Il s’agit notamment des candidoses oropharyngées étendues et douloureuses résistantes à un traitement local bien conduit, des formes associées à une candidose œsophagienne suspectée (dysphagie, refus massif de s’alimenter, perte de poids), des muguets survenant chez des nourrissons immunodéprimés ou poly-médicamentés, ainsi que des prématurés à haut risque d’infection invasive.

Le fluconazole est l’antifongique systémique le plus couramment utilisé dans ce contexte pédiatrique. Sa biodisponibilité orale élevée, sa diffusion tissulaire satisfaisante et son profil de tolérance bien documenté en font un allié précieux pour traiter les candidoses buccales réfractaires. La posologie chez le nourrisson est généralement exprimée en mg/kg/jour, avec une dose de charge parfois suivie d’une dose d’entretien pendant 7 à 14 jours, en fonction de la sévérité de l’atteinte et de la réponse clinique. En milieu hospitalier, d’autres molécules (comme les échinocandines) peuvent être envisagées en cas de candidémie ou d’atteinte systémique, mais elles dépassent le cadre de la simple candidose orale.

Avant de mettre en route un traitement systémique du muguet compliqué, il convient d’évaluer soigneusement le terrain (recherche d’une immunodéficience, d’une neutropénie, d’une mucite liée à une chimiothérapie, etc.) et de documenter l’infection par des examens mycologiques si possible. Une surveillance clinique étroite, associée à un suivi biologique (fonction hépatique, rénale, numération-formule sanguine) est recommandée lorsque le traitement se prolonge ou en présence de comorbidités. Le traitement systémique ne se substitue pas aux mesures locales d’hygiène buccale et de contrôle des sources de recontamination, mais vient les compléter dans une approche globale du nourrisson fragilisé.

Prise en charge de la candidose mammaire maternelle

La prise en charge du muguet buccal du nourrisson ne peut être optimale sans considérer la situation mammaire de la mère allaitante. Une candidose du mamelon ou de l’aréole est fréquente lorsque l’enfant présente un muguet, créant un véritable « ping-pong » infectieux entre la bouche du bébé et le sein. Cliniquement, la mère décrit des mamelons rouges, luisants, douloureux, parfois fissurés, avec une sensation de brûlure persistante entre les tétées. Des douleurs profondes dans le sein, en tiraillement ou en élancement, peuvent évoquer une atteinte canalaire à Candida.

Le traitement repose sur l’application locale d’un antifongique topique (par exemple clotrimazole, miconazole ou éconazole en crème) sur les mamelons et les aréoles, après chaque tétée, avec essuyage délicat du surplus avant la tétée suivante. Dans les formes douloureuses ou résistantes, un traitement systémique par fluconazole peut être prescrit à la mère, en veillant aux éventuelles contre-indications et interactions médicamenteuses. Il est essentiel de traiter simultanément la mère et le nourrisson, même si l’un des deux est peu symptomatique, afin d’éviter les recontaminations.

Des mesures d’hygiène spécifiques complètent cette prise en charge : lavage soigneux des mains avant et après les tétées, changement fréquent des coussinets d’allaitement, préférence pour des modèles sans film plastique afin de limiter la macération, lavage à haute température (60 °C ou plus) des soutiens-gorge, serviettes et linges en contact avec le sein. L’utilisation ponctuelle de bouts de sein en silicone peut être envisagée pour protéger des mamelons très douloureux, à condition de les stériliser régulièrement. Contrairement à une idée reçue, le lait maternel n’est pas considéré comme un vecteur majeur de candidose : l’allaitement peut donc être poursuivi dans la plupart des cas, avec parfois un ajustement temporaire des positions pour réduire la douleur.

Prévention des récidives et mesures d’hygiène spécifiques

La prévention du muguet récidivant chez le nourrisson repose sur un ensemble de mesures simples mais rigoureuses, visant à limiter la charge fongique dans l’environnement immédiat de l’enfant. Les tétines, sucettes, anneaux de dentition, biberons et tout objet régulièrement porté à la bouche doivent être nettoyés après chaque utilisation, puis bouillis ou stérilisés au moins une fois par jour durant la phase aiguë. Une fois le traitement terminé, il est souvent recommandé de remplacer les sucettes et tétines par des neuves, afin de réduire le risque de persistance de biofilms difficiles à éliminer.

Une bonne hygiène buccale précoce contribue également à la prévention. Sans aller jusqu’à un « brossage » au sens strict, on peut conseiller aux parents de passer délicatement une compresse de gaze propre humidifiée sur les gencives et la langue après certaines tétées, surtout en cas de lait épaissi ou de compléments au biberon. Faut-il pour autant désinfecter de façon excessive l’environnement du nourrisson ? Non, car un excès d’hygiène peut aussi perturber la constitution du microbiote. L’objectif est plutôt de réduire les niches où Candida peut proliférer (zones humides et chaudes, objets peu ou mal nettoyés) tout en respectant l’équilibre global.

Chez les bébés ayant déjà présenté un muguet, il peut être pertinent, en cas de nouvelle antibiothérapie, de discuter avec le médecin de l’intérêt d’une prophylaxie par probiotiques documentés ou d’une surveillance rapprochée de la cavité buccale. Pour les mères allaitantes, la prévention de la candidose mammaire passe par une bonne gestion de l’allaitement (correction des troubles de succion, traitement rapide des crevasses, éviction de la macération prolongée), ainsi que par la limitation des traitements antibiotiques non indispensables. Enfin, l’information des parents joue un rôle clé : en reconnaissant précocement les signes de muguet du bébé et de candidose mammaire, ils peuvent consulter rapidement et éviter que l’infection ne s’installe ou ne se complique.